L’imaginaire du biorégionalisme (2019)

« Marges écocentrées. L’imaginaire du biorégionalisme américain 1970’s-1990’s » est une exposition réalisée à l’occasion de l’événement « LE LOW TECH DANS TOUS SES ETATS », colloque et expositions, ENSA Clermont-Ferrand, décembre 2019.

 

Note d’intention problématisée

Né au tournant des années 1960-1970 sous l’impulsion de la Planet Drum Foundation de Peter Berg et Judy Goldhaft, le mouvement biorégionaliste américain a connu son âge d’or durant les décennies 1980 et 1990, période à laquelle il s’est développé jusqu’à devenir une contre-culture influente à l’échelle internationale. A de nombreux égards, il pourrait sembler que ce succès ne soit pas uniquement dû à la force de son idéologie radicale, mais aussi à la puissance de l’imaginaire et des représentations que ce réseau militant a su inventer – à l’interface entre réinterprétations des imaginaires vernaculaires indigènes, d’une critique du modèle scientifico-industriel dominant et de multiples créations spatiales utopiques avant-gardistes, théoriques pour certaines et concrètes pour d’autres.

 

Quoique l’idée de biorégion ait su conserver les valeurs Diggers de marginalité, de radicalité et de liberté qui l’ont fondée, par la suite une grande variété de branche du mouvement biorégionalistes a pu éclore au fil des années, certaines plus tournées vers des aspects poétiques et mystiques (Snyder), d’autres plus éco-féministes (Starhawk) et d’autres encore plus éco-sociales (Bookchin). Au sein de cette diversité, les pratiques biorégionales ont chacune à leur manière développé quelques aspects de l’imaginaire du low-tech parfois de façon assez théoriques (Sale) et plus souvent très appliquées (Berg1). Cela, par exemple :

  • en proposant de s’investir dans à l’échelle du vivant, de ses possibilités de perception et d’action « nues » 1 à 4 ;
  • en mettant en valeur les techniques amérindiennes ancestrales comme des pratiques durables basées sur l’énergie humaine, animale et des élémentaire 12, 13 ;
  • en proposant de décoloniser nos imaginaires constructifs de ses aspects anthropocentrés, de leur démesure scalaire, de leur hyper-technicisme, déconnecté du vivant et des milieux 10 à 12 et 14 à 23 ;
  • en proposant de premiers modèles d’agriculture urbaine simplement accessibles à toutes et tous dans les tissus urbains occidentaux modernes 24 et 25 ;
  • ou encore en retrouvant la sagesse des techniques cartographiques archaïques des Îles Marshall pour développer des cartographies à la fois low-tech, écocentrée et participative à la fois (Aberley) comme méthode d’enseignement et de capacitation populaire au service des éco-anthroposystèmes 5.

C’est donc sans surprises qu’on se rappellera aujourd’hui que le CoEvolution Quarterly (revue alternative publiée par la bible de la marginalité low-tech d’alors, le Whole Earth Catalog de Steward Brand) a pu consacrer un numéro entier à la thématique « bioregions » dès l’hiver 1981 6 à 9.

 

S’il n’est pas premièrement architectural, urbain ou paysager, le biorégionalisme dont il est question ici interroge pourtant très tôt les concepteurs. Ainsi l’architecte Pliny Fisk III fonde-t-il dès 1975, le “Center for Maximum Potential Building Systems”, une association à but non lucrative explicitement rattachée au mouvement biorégionaliste, et qui se donne pour mission de démontrer la capacité du low-tech pour inventer un « life cycle planning and design » ; ainsi Nancy et John Todd travaillent explicitement par l’idée biorégionaliste leurs ouvrages majeurs Designing for Sustainability (1981) et Ecology as the Basis of Design (1984) 21 à 25  ; ainsi le professeur d’architecture Gary Coates de l’Université du Kansas publie plusieurs articles sur le mouvement biorégionaliste dès 1981 ; ainsi Peter Berg propose-t-il un Green City Program for San Francisco (1989) qui fera date 10 ; etc.

Vincent B. Canizaro ne s’y trompera pas en consacrant tout un chapitre de son ouvrage Architectural Regionalism. Collected Writings on Place, Identity, Modernity and Tradition (2007) au courant biorégionaliste.

 

Popularisé en France par la traduction du récent ouvrage La biorégion urbaine d’Alberto Magnaghi (2014), le terme « biorégion » connait aujourd’hui un réel engouement dans les milieux de l’architecture, de l’urbanisme et du paysage de l’Hexagone. L’exposition, en proposant de mettre en valeur les origines historiques de cette pensée restée marginale, souhaite faire voir le caractère tout à fait actuel et pertinent de ces imaginaires biorégionaux historiques pour notre époque et la crise de vision d’avenir qu’elle connaît – pour ne rien dire des questionnements internes à nos disciplines.

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